De ce moment où je devais écrire un rapport de 3A et où j’ai fait le bilan de mon année

Bon, j’ai 15 000 articles en retard, sur Boston, le ski, les brunch, Québec, le printemps, la cabane à sucre, les ciels d’hiver, le Charlevoix etc. etc. etc.

Ce semestre a été plus intense – sur à peu près tous les plans sauf peut être sur celui universitaire – et j’ai eu du mal à rester au niveau. Promis, je me rattraperai une fois rentrée en France, je m’installerai dans le jardin au soleil sur le hamac et je vous raconterai tout – ou presque.

En attendant, mes cours sont finis, la chaleur est enfin revenue sur Montréal et j’en profite du mieux possible. Plus que 3 semaines… Et plus qu’une semaine pour écrire mon rapport de 3A.

Que je n’ai pas commencé. La principale raison est que ça m’emmerde et que je trouve ça bidon (genre, comparer les cultures, ce qui revient à nous demander presque directement de généraliser et de bullshiter, sérieusement…) Et aussi ça me fait repenser à cette année et finalement je me perds à penser à des choses que je ne pourrait pas écrire dans mon rapport. Donc j’ai décidé de l’écrire ici – promis, zéro bullshit et zéro généralisation.

Il est 3h du matin, ce ne sera peut être pas exceptionnel mais je me lance.

On ne va pas se mentir, cette année a été assez dure. Pas à cause de Montréal, j’aurai pu être n’importe où (oui, oui, même en France) ça aurait été aussi dur. On dit souvent que s’éloigner d’un problème ne le règle pas. Dans mon cas je ne pouvait de toute façon pas m’en éloigner, je l’ai bien ignoré et il a fini par empirer, mais au risque de me répéter ça n’avait rien à voir avec la 3A en elle-même. Oui je réalise bien que ces dernières phrases sont cryptiques et que vous ne comprenez sûrement rien, si vous êtes proches de moi vous avez peut être compris sinon vous pouvez toujours prendre des nouvelles, et sinon contentez vous de ça.

Mais j’ai commencé à régler les problèmes et je crois que c’est l’essentiel. Et ça c’est grâce à Montréal. Peut être en partie grâce à l’éloignement et en tout cas fort certainement grâce à certaines personnes que j’ai rencontrées ici. J’ai enfin pris le temps d’essayer de savoir qui j’étais. J’ai un peu fait ma crise d’adolescence à 20 ans. Il était temps. Ou était ce peut être ma crise de la quarantaine en avance. Il n’est jamais trop tôt. Qui sais.

Le point important dans tout ça c’est que j’ai survécu (et j’en suis sortie plus forte – oui ça parait bullshit et cliché mais ça ne l’ai pas, ou juste un peu).

Et j’ai changé de couleur de cheveux aussi (accessoirement).

Et, beaucoup moins accessoirement, j’ai rattrapé nombreuses de mes lacunes cinématographiques (cf. infra, thanks Mitch), notamment Star Wars – plus jamais ne serai je celle qui n’a pas vu Star Wars. C’est limite comme  » » » »perdre sa virginité » » » »: beaucoup de pression sociale et culturelle… pour pas grand chose (non je n’ai pas absolument adoré Star Wars – call me a snobby bitch – LOTR est clairement mille fois mieux, Retour vers le futur aussi)

Et j’ai appris à aimer la France – surtout pendant le premier semestre. Enfin, j’ai réalisé à quel point je l’aimais plutôt. J’adore Montréal et le Québec, mais je ne pourrais jamais faire ma vie ici. Bien sûr, il y a plein de choses et de gens et d’événements à critiquer en France (bref de quoi faire râler les français qui perdraient tant de leur charme sans ça). Mais il y a aussi tellement de choses absolument géniales, et qui m’ont manquée, et dont voici une liste non-exhaustive:

  • Nos (merveilleux) transports en commun (Je promet (d’essayer) de ne plus jamais râler contre la Ratp et de toujours me remémorer les bus de la Stm si jamais l’envie m’en prends)
  • Le vin à 3€
  • Notre urbanisme (et la beauté de nos villes et villages – sans rire)
  • L’inclusion des taxes dans le prix affiché
  • Le TGV (et les billets prem’s, et la carte 12/25, et les compagnies d’avion low-cost)
  • Les manifestations pour tout et tout le temps
  • Les petits cinémas d’art et d’essai parisiens (Cinémas Action mon amour, vous m’avez tant manqué)/ Les multiplex encore – parfois et en certains lieux – raisonnablement abordables
  • Le (vrai) café
  • Les (vrais) pains au chocolat
  • Le fromage dont le prix ne dépends pas de la quantité disponible à l’importation
  • L’absence totale de Fruit Loops (cette abomination céréalesque) et autres produits si éhontément industriels dans les supermarchés français
  • La vue sur le parc Montsouris (aka pouvoir observer les gens discretos depuis mon mini-balcon au quatrième étage)
  • La possibilité de porter autre chose qu’une doudoune et des bottes d’hiver pendant la moitié de l’année
  • Les Alpes (et les paysages français en général) (NB: peut être lié au fait que je ne soit pas allée dans les Rocheuses, et encore)
  • Pouvoir choisir mon médecin et en changer tant que je veux (et plus généralement notre système de santé)
  • Ne pas avoir besoin de m’endetter pour étudier
  • Payer un prix plus que raisonnable pour mon forfait de portable cellulaire
  • Admirer les Nymphéas (n’importe quand et gratuitement) (plus généralement: nos musées)
  • Ne pas avoir à payer pour une échographie (non je ne suis pas tombée enceinte, une échographie peut être nécessaire dans de nombreuses situations, don’t freak out)
  • Le printemps (seriously, on est passé du plus profond hiver à l’été en quelques jours)
  • Le fait que tous soit de façon générale moins commercial (exemple probant: les fêtes en tout genre, 100$ de budget moyen pour Halloween…)
  • Les français (même si on est tous snobs et chauvins et râleurs, je nous aime tendrement)
  • Les petits commerces de proximité
  • L’absence de frontières (aka l’UE)(les gardes frontières américains et leur toute relative sympathie ne vont probablement pas me manquer)
  • Ne pas avoir besoin d’un GPS pour me retrouver dans les stations de ski

Mais contrairement à ce premier semestre, ces derniers jours, je n’arrête pas de faire mentalement la liste de tout ce qui va me manquer, et je vous la livre également aujourd’hui dans le désordre et une fois de plus de façon non-exhaustive:

  • Les samosas de McGill ( ❤ )
  • Les soirées film avec Mitch (sans qui ma culture serait toujours honteuse et lacunaire)
  • Les nuits dans le bus (et les voyages de façon générale)
  • Les brunch (qui ne me ruinent pas)
  • Le multiculturalisme – et la tolérance en général (les gens portent des voiles ou des turbans, ou sont gays, ou pas et get over it, tout va bien, la Terre continue de tourner avec le Canada sur sa surface. En plus au passage grâce au multiculturalisme j’ai appris plein de nouvelles recettes – sérieusement, je sais faire des raviolis chinois maison – ce qui est trop cool.)
  • (en parlant de raviolis) Les week-ends chez X et YX, et les longues discussions avec YX
  • Passer au dessus d’un canal verdoyant quotidiennement
  • Les couleurs du ciel (aaah les coucher de soleil depuis ma fenêtre…)
  • Les sous-bois dans les stations de ski
  • La tire d’érable
  • Les mardis soirs à Cinema Politica
  • Pouvoir rire et parler avec un prof sans sentir le poids de la hiérarchie planer au dessus de nous telle une épée de Damoclès (je n’exagère pas du tout, du tout, ce n’est pas mon genre.)
  • Bosser Faire la sieste dans les sofas du SSMU (rien à voir avec le pauvre canapé Ikea du BDE)
  • Midnight Kitchen
  • Ne pas être abordée dans la rue quotidiennement pas des mecs lourds (et pourtant je n’habitais pas dans un quartier merveilleux de Montréal hein)
  • Les bus de nuit où il n’y a pas que des vieux mecs morts pilo et chelou
  • Avoir un four dans la cuisine
  • Winners & Dollarama (la.base.)
  • Pouvoir aller manger une poutine à 3h du mat
  • Le soleil et le ciel bleu en hiver
  • La neige, encore et toujours
  • Les écureuils à la place des pigeons
  • Les cours de Feminist et Gender studies qui ne sont pas du bullshit total voire sont totalement passionants, et au sein desquels j’ai pu vraiment débattre (au lieu de passer mon cours à débattre de ces sujets sur internet étant donné qu’à Sciences Po ce genre (huhu) de cours est définitivement nul)
  • N’avoir besoin que d’un papier d’identité pour loueur un appart/une chambre

Bien sûr tout cela sera plus ou moins dans mon rapport. Dans une forme édulcorée et bien présentée.

Mais si des futurs 3A ou futurs expatriés me lisent voilà quelques points essentiels à retenir:

– Les québécois ne sont pas plus gentils (ou moins gentils), que les autres être humains de cette planète en général, ou que les français en particulier. Ils sont humains. Oui ils font la ligne pour monter dans le bus, mais cela dit ils ne te laissent pas plus descendre du métro qu’un français. Oui certains sont adorables et feront tout pour que tu te sentes bien dans leur pays, d’autre n’en auront manifestement rien à faire, voire au contraire. Non ils n’adorent pas tous les français, n’oubliez pas que nous les avons abandonné face aux anglais. Voilà, voilà.

– La 3A n’est pas la meilleure année de votre vie. En tout cas je ne l’espère pas pour vous. Toutes vos années ont eu/auront du bon et du mauvais. Toutes contiendront de nouvelles expériences, rencontres et découvertes – ou en tout cas je vous le souhaite. Se dire avant et après la 3A que ce sera/c’était la meilleure année de votre vie a quelque chose de stressant et de très triste. La 3A n’est pas l’apogée de votre vie, la suite n’est pas une longue descente vers l’enfer de la vieillesse. Donc ne vous mettez pas la pression, cette année sera ce qu’elle sera: une année.

– Si vous ne voulez pas passer votre temps avec des français, fuyez. Montréal pullule de français, oui même McGill. Je n’ai pas dit que c’était mal (cf. mon point sur les français et mon amour pour eux), mais sachez le.

– Le Mont Royal n’a rien d’une montagne ou d’un parc, c’est en gros une sorte de colline boisée sillonée par une route groudronnée.

– L’hiver n’est pas si terrible. Oui on a eu des -40 degrés celsius mais ça n’a duré que 3 jours sur tout l’hiver. Et il ne neige pas constamment, juste quelques fois par an (certes, c’est toujours plus qu’en France). Et oui il y aura toujours de la neige autour de vous mais les voies de communication seront toujours déneigées rapidement. Et le froid est sec et le soleil brille souvent, ce qui est très agréable contrairement à la grisaille française. Et la vie continue (c.f. la Nuit Blanche, l’Igloo Fest etc.etc.)  Bref, ça va aller, vous n’allez pas mourir, loin de là.

Il est 4h12, je crois que cet article n’a ni queue ni tête et je suis fatiguée. Avec un peu de chance ma mère sera heureuse d’avoir quelque chose à lire et ma famille et mes amis me diront que ça les a fait rire. Mais peut être pas. En tout cas, si ils passent par là, qu’ils sachent qu’ils m’ont vraiment manqués et que finalement, la chose qui fait de la France le meilleur pays du monde à mes yeux c’est surtout le fait qu’ils y soient. Et comme je le dit souvent, peut importe le lieu, le temps ou ce que l’on fait, l’important c’est avec qui on le fait. J’ai hâte de n’être plus qu’à quelques heures (maximum) de TGV de vous tous.

Je sombre dans la mièvrerie la plus totale mais tant pis. Tout ça pour dire que, voilà, demain je commence ce foutu rapport.

Ah une dernière conclusion: les mecs féministes, c’est cool.

Bref, bref, demain, promis juré, j’écris ce rapport (ou pas)

De l’atterrissage

Ou: La mémoire sélective optimiste

Puisque le concept l’idée du blog est de parler de ce que je vais retenir de cette année; je préfère tout de suite vous mettre au courant de certains points importants concernant ma mémoire: autant pour les études son niveau d’efficacité et d’objectivité est acceptable, autant sur le plan personnel il y a quelques petites imperfections.

*Suspens insoutenable*

Le fait est que, dès qu’une période de ma vie s’achève, je l’idéalise forcément et, des années plus tard, je ne me souviens que des bons moments. Je zappe partiellement ou totalement les épisodes chiants, douloureux voire honteux (sauf si ils sont drôles, dans ce cas je les raconte à mes amis). La conséquence est que, à moins d’un examen approfondi de ma mémoire, si vous me posez une question sur une période de ma vie je vais vous dire que c’était génial – bon ok sauf, peut être,  pour l’année de la 5ème. C’est hyper ingrat comme année. On commence la Physique-Chimie…

Pour cette raison je ne vais pas vous parler du départ, du décollage et des larmes que j’ai – presque – bien retenues dans l’avion. Parce que je sais que, dans quelques mois, je ne m’en souviendrai absolument pas. Par contre je me souviendrai toujours (haha) de l’atterrissage.

Il est à peu près 20h heure locale quand l’avion commence sa descente, l’annonce du pilote – heureuse initiative – me réveille. Seconde heureuse initiative, je regarde par le hublot (merci papa et maman pour m’avoir sans cesse répété « regarde le paysage » quand je m’ennuyait en voiture). Ça a commencé par une mer de nuage éclairée par la lumière chaude mais tamisée du soleil couchant. Ça a continué avec cette même lumière sur le Saint Laurent. Et ça s’est achevé en voyant les maisons à la nord-américaine, les stades de baseball et les champs tout en longueur. Ça m’a renvoyé 6 ans en arrière (sur le moment j’ai pas calculé, là tout de suite ça me fait un petit coup de vieux…) et je me suis souvenu du quartier et de la maison d’Amber, des matchs qu’on allait voir le week end ou après les cours, et des paysages tout simplement. Je me suis souvenue de ce sentiment que j’avais là-bas qui est celui de ne pas toujours se dire qu’on pourrait être meilleure, celui d’être soi, à sa place. Peut être que je n’aurai pas ce sentiment à nouveau cette année mais peu importe, ce n’est pas le propos. L’important c’est que, sur le moment, ce souvenir, couplé à l’indicible beauté et à la pureté de la vue, m’a fait oublié toute la tristesse et l’anxiété liées au départ. Il a collé un gros sourire sur ma face, sourire qui ne m’a toujours pas quittée depuis (et ce malgré une journée passée entre la RAMQ, le Service Point de McGill et autre banque, vendeurs de forfaits mobiles, de cartes de transport etc. etc.)